Nom de l’auteur/autrice :elina.chiorboli@gmail.com

Pierre sur route

Pierre sur route «Les minéraux, il va de soi, n’ont ni indépendance ni sensibilité. C’est justement pourquoi il faut beaucoup pour les émouvoir : des températures de chalumeau et d’arc électrique, des violences de séismes, des spasmes de volcans. Sans compter le temps vertigineux. » Roger Caillois Pierres suivi d’autres textes, 1971. Atlas / Ouvrages, peinture, craie, photographies, objets Recherches / Vidéos, photos, pierres percées, martelage, ponçage de pierres. Percer Trouer Perforer https://elinamoreno.com/wp-content/uploads/2021/04/videos-experimentation-pierres.mp4#t=1 Projet Final / Installation de cinq pierres usées, vidéo de 6:42 min, 2020/2021 Les pierres convoquent à la fois l’immensité et le minuscule en se fondant dans un écosystème naturel pour lequel Giuseppe Penone à consacré un journal de bord composé d’analyses poétiques de la nature. Dans Respirer l’ombre, les coups, les chocs, les violentes mutilations que la rivière fait aux pierres plus grandes avec le choc des roches plus petites, avec le travail continu de petits et de grands coups, les passages légers du sable, les heurts coupants; tout cela se veux révéler l’essence même du minéral sans l’intervention de l’homme.Au commencement il était question de martelage, de frottement, de ponçage, d’enlèvement de matière en invoquant mon corps et le geste. Plus tard, mes expérimentations me pousseront à préférer l’usage de la machine (la voiture) et non plus de mon propre corps afin de tracter cinq pierres en chaux et en calcaire pesant chacune près de 60 kilos. L’usure de ces pierres calcaire qui laissent peu de traces visibles évoque aussi le voyage, le déplacement d’un point A à un point B, le minéral arraché à sa stabilité et à son encrage naturel au sol, mais aussi le désir de contrôle et d’appréhension de la matière.La contrainte du frottement de la pierre crée un ponçage à la fois net et imparfait. Un projet double donc : un choc entre l’immobilité et le mouvement, l’objet et la vidéo, l’enlèvement et l’ajout de matière. Car il faut effectivement «beaucoup pour les émouvoir», il fallait au moins être deux pour élaborer ce projet. Il n’aurait pas pu voir le jour sans l’aide de mon compagnon Jean-Auguste Geneste qui m’a prêté à la fois sa force musculaire, son regard critique et ses conseils avisés. Installation et vidéo, Maison des Arts, Pessac, 2020. Les backstage du projet La vidéo de réalisation du projet se trouve sur mon compte Vimeo  La video

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Vision aberrante

Vision aberrante  Installation, lunettes stéréoscopiques, pierre, résine époxy, 11 x 5 x 7,5 cm, exposition «A Perte de Vue», FRAC Nouvelle-Aquitaine Méca, 2021. Moulages et duplications de la pierre, 2020. Moulages et duplications de la pierre 2, 2020. « L’homme leur envie la durée, la dureté, l’intransigeance et l’éclat, d’être lisses et impénétrables, et entières même brisées. »     Moulages et duplications de la pierre 3, 2020. Dans mes expérimentations liées au minéral, plusieurs actions se déroulent dans la nature dont la marche, la collecte pour in fine cataloguer ou inventorier. Les variables qui découlent de l’étude des pierres sont multiples : elles sont à la fois techniques à travers des phénomènes d’usure, de martellement, de tractation, de reproductibilité de la pierre -ou au contraire des modifications que l’on peux possiblement lui apporter- mais aussi, et surtout, sensibles. Cette part de sensibilité convoque une réflexion plus générale quand à la place des pierres dans la nature ou leur liaisons à la vie organique. De plus, il surgit de cette étude des pierres un attrait esthétique, en lien avec l’image, d’autant plus captivant au regard de l’utilisation de matières telles que la résine époxy ou le grain de pierre. L’ensemble de mes recherches ont débutées par un projet double, une vidéo et une installation sur le phénomène d’usure de plusieurs pierres par tractation sur route goudronnée. Dès lors elle tente de créer un écosystème par diverses expérimentations et divers médiums. Vision Aberrante, exposé au Frac Nouvelle-Aquitaine Méca, 2021. Crédits ©little-report L’exposition « A perte de vue » portée par le Frac-Méca Nouvelle-Aquitaine est une plongée au cœur des pierres, posté sur le sommet d’une montagne à observer ce qui à première vue peut sembler inerte et qui pourtant est doté d’une « puissante expressivité » ironiquement saisie par une très petite installation : les lunettes stéréoscopiques. On peut ainsi saisir une image plus nette et rapprochée de deux pierres trouvées dans la nature. L’image reçue par l’œil gauche est légèrement décalée par rapport à celle reçue par l’œil droit, et c’est la combinaison de ces deux images par notre cerveau qui nous procure l’effet de relief. C’est ce même principe qui est utilisé pour réaliser des photographies stéréoscopiques: le but est de prendre deux photos simultanées d’un même objet mais décalées de gauche à droite pour obtenir une vue de chaque œil. L’aberration est issue du décalage de ce système, utilisé non plus pour donner à deux images un effet de relief, mais pour fusionner deux matières : la pierre et son double exact en résine époxy. En regardant à travers les lunettes une seule pierre est visible créée à partir de la synesthésie de ces deux matières reflétant « la transparence immortelle ». L’usage technique lié à la reproductibilité de cette même pierre pose la question de l’usure par la vision et l’usure de l’objet par lui-même, ou par les nombreuses copies en époxy de cet objet même. « Elles sont le feu et l’eau dans la même transparence immortelle, visitée parfois de l’iris et parfois d’une buée. Elles lui apportent, qui tiennent dans sa paume, la pureté, le froid et la distance des astres, plusieurs sérénités. » Roger Caillois texte extrait de Pierres, « Dédicaces », Janvier 1966. Pour aller plus loin  Suivez la page Instagram de notre exposition :  @expo.apertedevue. Vous y trouverez tous nos projets, nos portraits, nos doubles casquettes d’organisateurs de l’expo et d’artistes-chercheurs, le live du vernissage et beaucoup d’autres  choses à venir ! « À perte de vue, c’est la croisière entreprise par des étudiant·es en première année de master Recherche en Arts Plastiques de l’Université Bordeaux Montaigne en quête de nouveaux horizons. Prenez le large avec ces différentes personnalités qui proposent une variété de pratiques au cœur de La Jetée, au Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA. En collaboration avec le Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, ce projet offre un ensemble de regards aux dimensions sociales et écologiques engagées et reflètent l’intention d’aller au-delà du contexte actuel. Le monde s’est trouvé bouleversé, il y a un an, par la pandémie. Pour certain·es, la volonté de s’échapper du quotidien s’est imposée. » Extrait de notre livret d’exposition. @expo.apertedevue

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CAIRN

CAIRN -Expérience sur le travail du regard Ré-activer le déconstruit,projet collectif, Le Frasnois (Jura), du 14 au 20 mars 2021.  Rochers près du lac du Grand Maclu n°1, Le Frasnois. Rochers près du lac du Grand Maclu n°2, Le Frasnois. Rochers près du lac du Grand Maclu n°3, Le Frasnois. Ruines du château du Poupet, La Chaux-des-Crotenay. Ruines du prieuré sur l’île d’Ilay n°1, Ilay. Ruines du prieuré sur l’île d’Ilay n°2, Ilay. Réactiver : Selon la définition du CNRTL « action de redonner vie à quelque chose » ou ranimer, raviver, réveiller. Ce sont autour de ces termes que s’est développé mon intérêt pour les ruines dissimulées dans les forêts du Frasnois et ses alentours. Le pèlerinage est souvent associé au sacré, il signifie également le recueil affectif et mémoriel porté sur un lieu qui nous touche car les ruines sont aussi la trace formelle d’une histoire sensible. Le terme de pèlerinage engage à une traversée au cœur du territoire conférant aux pierres des propriétés et des usages propre à cette terre. L’expression d’exploration nous paraît plus apte à décrire ce processus d’investigation. Plus généralement, l’étude des pierres sera le point central de cette exploration.  Ce projet est né d’expérimentations sur les minéraux et d’une observation constante des pierres présentes sur le relief jurassien. En ce sens, plusieurs sites ont été choisis sur lesquels les pierres vivent de différentes manières, mouvantes et vivantes de par leur position ou leur usage par l’homme. L’étude porte autour de quatre sites : l’éboulement de rochers au bord du lac de Maclu, la grotte de la Cave à la Vieille, les ruines du prieuré sur l’île du lac d’Ilay et enfin les ruines du château médiéval de la Chaux-des-Crotenay, site soumis à des fouilles archéologiques en 2016. La question est d’observer la manière dont les ruines façonnent le territoire, l’usage que l’homme en fait, s’ il en fait usage, et comment ré-activer momentanément ces sites riches ? C’est finalement un protocole d’usure qui se crée naturellement en travaillant autour du territoire du Frasnois, mais pas une usure néfaste laissant des traces, dans la mesure où nous avons collectivement choisi d’arpenter le territoire en laissant une trace de notre passage la plus réduite qui soit. Cette exploration a mené à un montage vidéo en plan fixe ayant pour but une immersion et une contemplation au cœur de cet écosystème minéral. En parallèle, le glanage de pierres trouvées sur ces différents lieux complète ce montage en plan fixe, comme des reliques soigneusement prélevées. L’expérience conforte le fait que « prendre une pierre est toujours une aventure1», puisque parlant en connaissance de cause, la recherche de la Cave à la Vielle à été vaine, la Dame Blanche nous ayant refusé l’entrée de sa grotte, mais la conscience de la présence de cette grotte (sûrement sous nos pieds et ensevelie dans la neige) à créer de nouveaux modes de cheminement puisque « voir » ne se limite pas seulement à percevoir.  1 BAUMANN Pierre, in BAUMANN Pierre, ESCORNE Marie et PEYLET Gérard (dir.), Hélène Saule-Sorbé. L’art à chaque pas, Pierre Vivante », Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2020, p. 315. « Nous sommes une équipe (onze personnes) d’étudiantes, doctorante et enseignant chercheur en arts de l’Université Bordeaux Montaigne et sommes venus travailler pendant une semaine de résidence au Frasnois du 14 au 20 mars 2021 sur la relation entre expérience artistique et économie du regard : comment voir et parcourir un territoire pour saisir brièvement ce qui fait sa particularité, ce qui caractérise ses usages et détermine ses modes de travail. Comment faire travailler notre propre regard ? Dans le contexte pandémique, cette mise à l’épreuve se trouve chargée d’une valeur supplémentaire, le souffle physique des choses matérielles, des douleurs du corps qui a trop marché, du froid, du vent et de la neige, du plaisir de faire et plus simplement de circuler. » Pierre Baumann Cairn Experience sur le travail du regard, 2021. Partir à la recherche des pierres (naturelles ou sous forme de ruines) c’est tenter de révéler des présences cachées, témoins de l’histoire, de l’évolution du paysage, elles vivent déjà d’elles-même, cachées dans des sous-bois discrets près du lac du Maclu, sous les sentiers enneigés comme la grotte de la Cave à la Vieille, ou même bâchées, révélées par des procédés de recherche archéologique puis de nouveau abandonnées à l’image des ruines du château. Certains de ces sites sont peu ou pas répertoriés car non entretenues par la région. La quête est donc largement basée sur le témoignage et le travail d’enquête, de ce fait la transmission orale des habitants du Frasnois et de ses alentours se révèle majeure.  Pourquoi donc vouloir réactiver ces espaces ? Il est certes question de révéler ces espaces endormis, censés se réveiller et se révéler par la présence humaine, mais le fait est que les pierres n’ont besoin de personne pour s’exprimer ou se mouvoir par elles-même2. C’est par exemple le cas de l’éboulement près du lac du Maclu: le déplacement naturel provoque des effets d’accumulation, des jeux de contre-poids et d’équilibre entre terre et eau. La semaine de recherche enneigée autour du Frasnois et l’arpentage de ce territoire offre à voir ces formes déconstruites, vestiges de l’habitat parmi lesquelles la vidéo tente dans un sens de reconstruire les formes longtemps déconstruites. Elle pose un regard qui n’est pas celui d’un archéologue en quête d’histoire mais d’un plasticien qui tente de retranscrire des formes, tout comme les pierres qui non seulement donnent « à penser la forme, comme toute forme de la nature et la structure en relation à la matière3.». Dans le cas des ruines comme des rochers présents dans la nature, ces objets se retrouvent soumis à l’investigation de qui voudra bien s’y arrêter, leur conférant une individualité propre. 2 PRÉVOST Bertrand, SALZEDO Raphaël, Au cœur des pierres, Paris, Fage, 2020, p. 233.  3 BAUMANN Pierre, op. cit., p. 315 https://elinamoreno.com/wp-content/uploads/2021/03/travail.mp4https://elinamoreno.com/wp-content/uploads/2021/03/jaulene-qui-bosse.mp4 Notre livre est bientôt accessible à la vente ! Anna Consonni, Johanna De azevedo, Manon Guenard, Jaulène Lachaud, Sarah Marin, Élina Moreno, Nativa Pasquali, Laura Saincrit,

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Entomologie Alimentaire

Laitue, le 2 mars 2020. Œuf de ferme, le 1er mars 2020. Jambon type « De Bayonne », le 28 février 2020. Clémentine, le 28 février 2020. Champignon type « De Paris », le 22 février 2020. Bonbon type « Surfizz », le 17 février 2020. Précédent Suivant Entomologie Alimentaire Résine époxy, durcisseur, base de savon transparent, bonbons, champignon de paris, clémentine coupée, jambon de Bayonne, œuf, salade, lampe, papier, cubes : 6 x 6 cm Maison des Arts, Bordeaux, 2020. Le processus d’archivage consiste à récolter, glaner des données (photos, dessins, objets, etc,…) historiques ou culturelles afin de les regrouper en un système, une nomenclature permettant d’organiser cet espace organisationnel. D’un point de vue plastique, il s’agit de trouver un procédé artistique pour archiver et/ou stocker ces données. Pourquoi conserver, et que peut-on conserver ? Ou bien que peut-on archiver et qu’est-ce qui mérite de l’être ? L’exemple de la bibliothèque d’Aby Warburg est très éclairant puisque l’historien de l’art classait ses bouquins non pas par ordre alphabétique mais selon ses intérêts et son système de pensée dans une logique de « bon voisinage ». Selon ses méthodes de recherche, l’ordre pouvait varier du tout au tout.Cela m’a fait réaliser que l’archivage est un système vivant, mouvant et personnalisable. Son Atlas Mnémosyne est considéré comme une œuvre à part entière ce qui la rend indépendante d’un système de classement lambda. Mais ici il est question de « l’artiste » qui archive donc la question du format est importante et principalement la question du travail sériel ou de la collection.En choisissant de travailler autour de la nourriture, donc d’éléments organiques, j’ai souhaité expérimenter un système d’archivage vivant avec du vivant.Cette collection est donc constituée de plusieurs cubes transparents réalisés à partir d’un mélange de résine époxy transparente et de durcisseur dans lesquels des morceaux de nourriture divers (féculents, légumes, céréales, viande, etc,…) sont figés et conservés.

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